IAL, ERP, ERNMT : comprendre l'État des Risques en 2026

9 min de lecture

Derrière les sigles IAL, ERP et ERNMT se cache un seul et même document : l'État des Risques et Pollutions. Obligatoire depuis 2006 et renforcé par la loi Climat et Résilience de 2021, il doit être remis à tout acheteur ou locataire dès la première visite du bien. Il détaille les risques naturels, miniers, technologiques et de pollution des sols auxquels l'adresse est exposée. Voici comment le lire, le remplir, et comprendre sa valeur juridique.

IAL, ERP, ERNT, ERNMT : de quoi parle-t-on ?

Les acronymes ont évolué avec la réglementation. Il s'agit pourtant du même document, simplement renommé au gré des lois.

  • ERNT (2006) : État des Risques Naturels et Technologiques, créé par la loi Bachelot après AZF.
  • ERNMT (2013) : ajout des risques miniers (M), devient État des Risques Naturels, Miniers et Technologiques.
  • ERP (2018) : État des Risques et Pollutions, intégration des pollutions de sols et du radon.
  • IAL : Information Acquéreur Locataire, terme générique désignant le dispositif d'information.

Quand et comment l'ERP doit-il être remis ?

Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, l'ERP doit être remis dès la première visite d'un bien immobilier. C'est une évolution majeure : auparavant, le document était simplement annexé au compromis ou au bail. Désormais, un acquéreur ou un locataire doit pouvoir consulter l'exposition aux risques avant même d'émettre une offre. Le document est ensuite annexé à la promesse de vente ou au contrat de location. Son absence peut entraîner l'annulation de la vente ou une réduction du prix pour vice caché.

Qui doit remplir l'ERP et à partir de quelles données ?

L'ERP est rempli par le vendeur ou le bailleur lui-même, sous sa responsabilité. Il n'a pas besoin de faire appel à un diagnostiqueur certifié, contrairement au DPE ou au diagnostic amiante. Les données proviennent de deux sources officielles : le formulaire Cerfa numéro 13819-06 à télécharger sur service-public.fr, et l'arrêté préfectoral listant les risques pour la commune, consultable en préfecture ou sur Georisques.gouv.fr. Un mauvais remplissage, même involontaire, engage la responsabilité du vendeur ou du bailleur.

Les rubriques obligatoires de l'ERP

Le formulaire Cerfa 13819 comporte une série de cases à cocher organisées par catégorie de risque. Chaque case doit indiquer si la commune est concernée, et si le bien lui-même est exposé.

  • Plan de prévention des risques naturels (PPR) : inondation, mouvement de terrain, séisme, avalanche, incendie de forêt.
  • Plan de prévention des risques miniers (PPRM) : effondrement, affaissement, émergence de gaz.
  • Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) : sites Seveso, installations classées.
  • Zone de sismicité : 1 (très faible) à 5 (forte).
  • Potentiel radon : niveau 1, 2 ou 3 selon la commune.
  • Pollution des sols : secteur d'information sur les sols (SIS) déclaré.
  • Exposition au bruit : zone de plan d'exposition au bruit d'un aéroport.
  • Recul du trait de côte : zones concernées par la loi Climat.
  • Historique : arrêtés de catastrophe naturelle concernant le bien sur les 5 dernières années.

La liste des sinistres indemnisés : la section souvent oubliée

L'une des rubriques cruciales de l'ERP est celle des sinistres indemnisés au titre d'une catastrophe naturelle ou technologique. Le vendeur ou le bailleur doit déclarer tous les sinistres pour lesquels une indemnisation a été perçue depuis l'acquisition du bien, en citant la nature (inondation, sécheresse, mouvement de terrain, tempête) et l'année. Cette information n'apparaît sur aucune base publique : seul le propriétaire la connaît. Mentir ou omettre cette déclaration constitue un dol et peut entraîner l'annulation pure et simple de la vente, même plusieurs années après.

Valeur juridique et sanctions en cas d'omission

L'ERP est un document opposable. En cas d'information manquante, erronée ou mensongère, l'acquéreur dispose de deux recours principaux : demander la résolution de la vente (annulation avec restitution du prix) ou obtenir une diminution du prix proportionnelle au préjudice. La jurisprudence reconnaît de plus en plus facilement le dol lorsque le vendeur savait que son bien avait été inondé. Le délai de prescription est de 5 ans à partir de la découverte du vice pour l'action en vice caché.

Comment vérifier l'ERP que l'on me présente ?

Même si l'ERP est rempli par le vendeur, rien n'empêche un acquéreur de le vérifier. Les outils pour le faire sont publics et gratuits : Georisques.gouv.fr permet de saisir une adresse et d'obtenir l'ensemble des arrêtés de catastrophe naturelle, les PPR applicables, le zonage sismique et le potentiel radon. Des services tiers agrègent ces données pour faciliter la consultation. En cas d'écart entre l'ERP remis et les données publiques, il faut interroger le vendeur avant de signer, en faisant consigner les réponses par écrit.

ERP et copropriété : qui paye, qui rédige ?

En copropriété, chaque vendeur d'un lot doit établir son propre ERP : il n'y a pas d'ERP collectif. Le syndic peut toutefois être sollicité pour obtenir des informations sur les sinistres collectifs ayant touché l'immeuble (dégâts des eaux généralisés, fissures structurelles indemnisées au titre d'un arrêté sécheresse). Le procès-verbal d'assemblée générale peut contenir des éléments utiles et fait partie des documents à exiger avant compromis.

Questions fréquentes

L'ERP est-il obligatoire pour toutes les communes ?

Non. L'ERP est obligatoire uniquement lorsque la commune est couverte par un Plan de Prévention des Risques (PPR), un zonage sismique de niveau 2 à 5, un potentiel radon de niveau 3, un Plan d'Exposition au Bruit ou une zone de recul du trait de côte. Environ 95% des communes françaises sont aujourd'hui concernées par au moins un de ces dispositifs.

Qui doit remplir l'État des Risques ?

Le vendeur à la vente, le bailleur à la location. Aucun professionnel n'est requis : le formulaire Cerfa 13819-06 est complété par le propriétaire à partir des données de la préfecture et de Géorisques. Un notaire, un agent immobilier ou un diagnostiqueur peuvent conseiller mais n'engagent pas leur responsabilité à sa place.

Combien de temps est valable un ERP ?

L'ERP est valable 6 mois. Il doit donc être mis à jour à chaque nouvelle transaction, et lorsque les données publiques évoluent (nouvel arrêté préfectoral, modification du PPR, nouvel arrêté de catastrophe naturelle concernant la commune).

Que faire si l'ERP n'est pas remis ?

À la vente, l'acheteur peut demander une réduction du prix ou la résolution du contrat. À la location, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation. Depuis 2021, l'ERP doit être affiché dans toute annonce immobilière mentionnant la situation du bien par rapport aux risques.

L'ERP couvre-t-il le risque de feu de forêt ?

Oui, lorsque la commune est couverte par un Plan de Prévention des Risques Incendies de Forêts (PPRIF). Ces plans sont fréquents dans le sud-est (PACA, Corse, Languedoc) et concernent aujourd'hui plus de 300 communes. Depuis la loi de 2023 sur les feux de forêts, l'obligation légale de débroussaillement (OLD) fait également partie des informations à déclarer.

L'ERP signale-t-il les installations Seveso ?

Oui, si le bien est situé dans un périmètre de Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) autour d'un site Seveso seuil haut. Pour les installations classées (ICPE) hors Seveso, l'information n'est pas toujours reportée dans l'ERP mais reste consultable sur Géorisques et dans la base nationale des ICPE.

Puis-je signer malgré un ERP défavorable ?

Oui, l'ERP est un document d'information, pas une interdiction. Il vous permet de connaître l'exposition du bien et d'en tenir compte dans la négociation, dans le choix de l'assurance (garantie catastrophe naturelle obligatoire) et dans d'éventuels travaux de mise en conformité prévus par le PPR. Un bien en zone rouge d'un PPR est déjà très restreint en termes de travaux, ce qui limite son potentiel d'extension.

Où trouver les données pour remplir l'ERP ?

Les arrêtés préfectoraux listant les risques pour chaque commune sont publiés sur les sites des préfectures et sur Georisques.gouv.fr. Le zonage sismique et le potentiel radon sont disponibles directement sur Géorisques. Les arrêtés de catastrophe naturelle sont consultables sur la base Gaspar ou Géorisques. Des agrégateurs comme DiagAdresse consolident ces sources pour une consultation plus rapide.

Risques liés

Articles liés

Vérifiez votre adresse

Consultez le diagnostic complet pour votre adresse :

Autres articles